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  Carl Rogers et l’action éducative                       


Paru dans la revue rogérienne ACP Approche Centrée sur la Personne. Théorie et Pratique.

ACP Pratique et recherche n°10 pp.85-87, déc.2009.

 


 
Carl Rogers et l’action éducative, Coordonné par Jean-Daniel Rohart

 

Compte-rendu de lecture de Paul Emmanuel Gross

 

Cet ouvrage collectif propose de s’interroger sur la pertinence de la pensée et de l’attitude rogériennes dans le contexte de l’école actuelle. Plusieurs acteurs du système éducatif y apportent des regards complémentaires, tous motivés par la conviction que l’Approche centrée sur la personne peut contribuer à humaniser l’école et donner un sens à l’expérience scolaire.

Un premier chapitre présente au lecteur les fondements de la démarche liée à l’Approche centrée sur la personne, ses applications ainsi que les éléments de la pensée de Rogers. Les concepts de base y sont présentés dans leur complexité et illustrés d’exemples pour en faciliter la compréhension.

Le chapitre suivant propose une discussion et analyse du modèle pédagogique rogérien. S’agit-il de la dernière des utopies pédagogiques ? Tout en reconnaissant la cohérence du paradigme, l’auteur s’interroge sur l’adéquation du modèle avec l’école de demain et insiste sur l’inspiration humaniste de Rogers, sa confiance envers les enseignants et le respect de la personne de l’apprenant.

Le troisième chapitre est un texte de Carl Rogers, L’élève au centre des apprentissages, dans lequel le psychologue américain invite à une véritable démocratie en éducation en comparant les caractéristiques de l’enseignement traditionnel dans son rapport au pouvoir avec les conditions d’un apprentissage centré sur la personne. Les implications politiques de cette optique éducative sont telles qu’elles bouleversent autant les enseignants (perte de pouvoir) que les apprenants (prise de responsabilité) et annoncent un véritable renouvellement de la politique éducative.

Un quatrième chapitre propose quatre témoignages d’enseignants actuels qui tentent de mettre en acte cette anthropologie rogérienne dans leurs pratiques d’enseignement.

En quoi l’attitude rogérienne contribue à la gestion de la crise de l’école ? Dans ce cinquième chapitre, Jean-Daniel Rohart reprend l’idée que, loin d’être une méthode, l’Approche centrée sur la personne en éducation désigne d’abord une certaine manière d’être « qui plonge ses racines dans un sentiment indéfectible de confiance et d’amour envers des élèves considérés comme des personnes ». À ce titre, il situe Carl Rogers dans le courant de la philosophie personnaliste, qui expliquerait la modernité de ses propos. L’attitude « rogérienne » propose de la prévention et de la réparation aux élèves blessés par une institution scolaire qualifiée de « malade », elle fait renaître un sentiment d’estime d’eux-mêmes, elle amène, selon l’auteur, un nouveau modèle identificatoire proposé par les adultes en réponse aux nouvelles attentes des élèves et contribue par là à la résolution de la crise que connaissent les modèles traditionnels d’autorité. Cette attitude suppose pour l’enseignant un lent travail d’attention sur soi afin de rester lucide sur les sentiments contradictoires émergeant de la pratique enseignante. L’auteur souligne l’importance d’une certaine maturité psychologique à développer et conclut à la nécessaire formation initiale des enseignants à la démarche rogérienne.

La réflexion se prolonge dans le sixième chapitre par le témoignage professionnel et les interrogations de Marie Kilborn sur les difficultés à mettre en œuvre l’Approche centrée sur la personne. Elle aborde la question de la pertinence des préceptes de Rogers – empathie, considération positive inconditionnelle et congruence – lorsqu’ils sont proposés aux enseignants et conclut à leur actuelle nécessité pour préparer les adultes créatifs de demain.

Le septième chapitre propose d’accompagner les enseignants et de poser notre regard sur les moments de doute et de désirs de changement qui peuvent apparaître durant la carrière de l’enseignant. Il y est fait mention de structures d’aide à la construction de la personne enseignante. Là encore, l’auteur de l’article conclut qu’outre la maîtrise de la didactique et de la pédagogie, enseigner implique chez l’enseignant une dimension plus personnelle qu’une analyse de pratique, et que des lieux de paroles devraient être considérés.

Le chapitre suivant porte sur la notion d’empathie inscrite dans la formation enseignante. Dans un contexte actuellement difficile, les remarques moralisatrices et reproches adressés aux élèves sont autant de blessures narcissiques qui n’apportent pas d’amélioration de la situation. L’enseignant doit proposer une autre réponse, nous dit l’auteur, et, ce faisant, doit s’entraîner à l’empathie, attitude qui semble être la plus appropriée au contexte relationnel actuel. Il est donc nécessaire de sensibiliser les enseignants durant leur formation à cette dimension éthique.

Dans un même esprit, il convient de redéfinir le rôle et la fonction de l’inspecteur. C’est la contribution du neuvième chapitre de cet ouvrage. La crise de l’institution scolaire actuelle amène les enseignants et les inspecteurs à changer le mode de leur relation. L’auteur propose une vocation nouvelle à l’inspecteur : accompagner l’enseignant dans l’élucidation de sa quête d’identité professionnelle. Il souligne la modernité de la pensée de Rogers comme une proposition de développement de l’inspection.

Le dixième chapitre nous invite à entrer au cœur même de l’Approche centrée sur la personne exercée tant dans le cadre psychothérapeutique, lors d’intervention en entreprise qu’en situation d’enseignement. Au travers de plusieurs exemples tirés de la pratique, les auteurs tentent de nous faire percevoir ce « chemin d’ouverture proposé à chaque être humain ».

Un dernier chapitre s’interroge sur le lien existant entre l’Approche centrée sur la personne et la médiation et met en parallèle les différents éléments des deux approches. Les points de convergence et les éléments de distinction qui y sont étudiés amène l’auteur à poser une certaine complémentarité.

En conclusion de l’ouvrage, Jean-Daniel Rohart relève la diversité et l’unité des enjeux d’une telle approche. Il lie ces onze contributions par un problème général : quel sens donner aux pratiques éducatives ? Sont-elles des facteurs d’aliénation ou de liberté ? L’approche rogérienne apporte à cette question une éthique personnaliste, elle propose une relation fondée sur la confiance et non sur un système. Si la mission politique de l’école est de favoriser la personne dans sa tendance à l’autonomie, « ce serait alors la grandeur de l’école que d’instituer ce qui pourrait la destituer, c’est-à-dire la liberté des sujets cognitifs ».


  


 


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